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Historique - Raymond Laforge, fusillé à La Sablière

Dans le cimetière de Moisdon-la-Rivière, perdue au milieu des tombes de ciment ou de granit, entourée d'une forêt de croix, apparaît une stèle blanche, ornée "du marteau et de la faucille", et sur laquelle sont gravées en rouge ces quelques lignes :

stèle de Raymond Laforge
Curieux et saisissant contraste que cette petite tombe, perdue au milieu des crucifix !

En fait cette histoire commence vraiment à Nantes le 20 octobre 1941, tout juste avant huit heures du matin, quand le Feldkommandant Karl Hotz est tué de deux balles dans le dos, tout près de la cathédrale. Dès le lendemain, apparaissait sur les murs cette lugubre proclamation :

AVIS

De lâches criminels à la solde de l'Angleterre et de Moscou ont tué, à coups de feu tirés dans le dos, le Feldkommandant de Nantes (Loire-Inférieure), au matin du 20 octobre 1941. Jusqu'ici, les assassins n'ont pas été arrêtés.
En expiation de ce crime, j'ai ordonné préalablement de faire fusiller cinquante otages.
Etant donné la gravité de ce crime, 50 autres otages seront fusillés au cas où les coupables ne seraient pas arrêtés d'ici le 23 octobre 1941, à minuit.
J'offre une récompense d'une somme totale de 15 millions de francs aux habitants du pays qui contribueraient à la découverte du coupable. Les informations utiles pourront être déposées à chaque service de police allemand ou français. Sur demande, ces informations seront traitées confidentiellement.

Paris, le 21 octobre 1941
Der Militaerbefehlshaber in Frankreich,
VON STUELPNAGEL
General der Infanterie.

Il faut remarquer que le Führer "suspendra" l'exécution des 50 otages supplémentaires...
Les baraquements de Choisel

Par un curieux calcul, les cinquante otages seront répartis en :
27 à Châteaubriant, principalement des communistes, 5 (nantais) au Mont-Valérien, et 16 à Nantes... les 2 derniers auraient été des déserteurs polonais. Parmi les 27 otages de Châteaubriant, se trouvait Raymond Laforge, un instituteur de 43 ans, originaire de Montargis, qui avait pour "défaut" d'être communiste. Peu expansif, il écrit d'une main ferme, une dernière lettre à sa famille :

"Le 22 octobre 1941, 14 heures.
Ma chère femme et ma chère Dédée,
Nous étions comme otages, dans notre baraque, en cas d'événements graves. Ces événements graves viennent sans doute de se produire, et nous sommes mis à la disposition des "Fritz" par les gendarmes français. Cette fois, on vient de nous avertir que nous allons être fusillés dans un délai assez rapproché.
J'aurais aimé vous embrasser une dernière fois avant de mourir par cette belle journée ensoleillée d'automne où il fait si doux pour la saison. Je songe aux promenades, aux champignons, aux discussions et à beaucoup de choses.
C'est sans doute le dernier mot que tu auras de moi. Je te joins mon portefeuille avec plus de mille francs. J'ai encore au camp mille deux cents francs. Demande tout ce qui peut me revenir car j'ai encore des "fringues". (Un prêtre récite la prière de morts).
Adieu mes chéries. Je vous embrasse bien fort et très longuement sans doute pour la dernière fois.
Gros baisers et derniers baisers."
R. Laforge




Les 27 otages seront fusillés à la carrière de La Sablière, entre 16 heures et 17 heures, le 22 octobre 1941. Les corps seront emmenés trois par trois dans les cimetières de neuf communes des alentours, ne possédant pas de gare, afin d'éviter toute forme de manifestation. Certains "anciens" de Moisdon-la-Rivière, écoliers à l'époque, se rappellent de la charette qui "pissait" le sang !
A la fin de la guerre, pratiquement toutes les familles ont repris le corps de leur martyr pour qu'il soit enterré définitivement dans le cimetière de leur choix. Sauf Raymond Laforge.


Nous joignons ici la liste des cimetières retenus à l'époque, avec les fusillés qui y furent enterrés... Certains sont restés jusque dans les années 70 dans ces cimetières.

- Erbray :

- Pierre GUEGUEN, 45 ans, de Concarneau, professeur, maire communiste de Concarneau et conseiller général du Finistère, communiste critique, puis trotskiste.
- Victor RENELLE, 53 ans, de Paris, ingénieur-chimiste.
- Raymond TELLIER, 44 ans, d'Amilly, imprimeur.


- Lusanger :

- Titus BARTOLI, 58 ans, de Digoin, instituteur honoraire, militant communiste.
- Julien LE PANSE, 34 ans, de Nantes, peintre en bâtiment.
- Jean GRANDEL, 50 ans, maire communiste de Gennevilliers, conseiller général communiste, secrétaire de la Fédération Postale de la CGT.


- Moisdon la Rivière :

- Charles DELAVAQUERIE, 19 ans, de Montreuil, imprimeur.
- Eugène KERIVEL, 50 ans, de Basse-Indre, capitaine côtier (marin pêcheur).
- Raymond LAFORGE, 43 ans, de Montargis, instituteur, militant communiste.


- Noyal sur Brutz :

- Jules VERCRUYSSE, 48 ans, de Paris, secrétaire général de la Fédération CGT des Textiles.
- Antoine PESQUE, 55 ans, d’Aubervilliers, docteur en médecine.
- Maurice TENINE, 34 ans, d’Antony, docteur en médecine, militant communiste.


- Petit Auverné :

- Jules AUFFRET, 39 ans, de Bondy, conseiller général communiste de la Seine.
- Marc BOURHIS, 44 ans, de Trégunc, instituteur, militant communiste trotskiste.
- Guy MOQUET, 17 ans, de Paris, étudiant, militant communiste, fils du député de la Seine Prosper Moquet.


- Ruffigné :

- Henri BARTHELEMY, 58 ans, de Thouars, retraité de la SNCF.
- Emile DAVID, 19 ans, de Nantes, mécanicien-dentiste.
- Désiré GRANET, 37 ans, de Vitry-sur-Seine, secrétaire général de la Fédération CGT des Papiers et Cartons.


- St Aubin des Châteaux :

- Maximilien BASTARD, 21 ans, de Nantes, chaudronnier.
- Huynck KON HAN, dit Luisne, 29 ans, de Paris, professeur.
- Jean-Pierre TIMBAUD, 31 ans, de Paris, secrétaire général de la Fédération CGT de la Métallurgie.


- Sion-les-Mines :

- Charles MICHELS, 38 ans, de Paris, député communiste de la Seine, secrétaire de la Fédération CGT des Cuirs et Peaux.
- Claude LALET, 21 ans, étudiant.
- Maurice GARDETTE, 49 ans, de Paris, conseiller général de la Seine.


- Villepôt :

- Henri POURCHASSE, 34 ans, d'Ivry-sur-Seine, employé de Préfecture, responsable de la Fédération CGT des Cheminots.
- Edmond LEFEVRE, 38 ans, d'Athis-Mons, métallurgiste.
- Jean POULMARCH, 31 ans, d'Ivry-sur-Seine, secrétaire général de la Fédération CGT des Produits Chimiques.

Date de création : 12/04/2009 @ 10:11
Dernière modification : 02/09/2011 @ 10:25
Catégorie : Historique
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