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Instructions & Rapports - Rapport de l'assistante sociale
RAPPORT SUR LE CAMP DES NOMADES DE MOISDON-LA-RIVIERE

A Moisdon-la-Rivière, au lieu dit "LA FORGE", sont incarcérés environ 300 nomades, dont 150 enfants de 0 à 15 ans, hommes, femmes et enfants, presque tous de Nationalité Française.

Le Capitaine MOREAU est le Directeur du Camp. Un peloton de Gendarmes en garde l’entrée et maintient l’ordre à l’intérieur du Camp. La chose n’est pas toujours aisée, car certains d’entre eux ont des délits à se reprocher.

Le fait d’être sans domicile fixe a été le principal, l’unique motif de l’arrestation.

Une sage-femme donne des soins aux nombreuses accouchées. Une pièce dans une construction de pierre a été aménagée à cet effet. Une infirmière hospitalière, Diplômée d’Etat, ex Elève de l’Ecole d’Infirmières de Nantes, soigne les malades.

Si quelques familles parmi les mieux sont réunies dans une pièce avec quelques paillasses pour s’étendre le soir venu, toutes les autres sont parquées comme des bêtes dans deux grands baraquements de bois, repoussants de saleté, où jamais ne pénètrent ni le soleil, ni l’air.

Dans cet immense taudis aussi sombre à midi que le soir, vivent des êtres humains. Deux ou trois caisses contenant chacune une paillasse et quelques lambeaux de couverture sont superposées les unes au dessus des autres pour abriter une famille entière.

Les cheveux en broussailles, la figure et les mains noires, les pieds nus sur le sol boueux, le corps recouvert de quelques haillons, de pauvres enfants, innocentes victimes, s’étiolent dans cette atmosphère de vice et de saleté.

Autour du poêle allumé se pressent les plus vieux, les malades, les plus petits. Une jeune femme tuberculeuse de retour de sana, entourée de ses petits, réchauffe ses membres douloureux et nus, et sème la contagion.

Cette description du Camp ne traduit pas la compassion qu’en ressent le visiteur.

Une première solution s’impose d’urgence : Envoyer vêtements et linge. Le SECOURS NATIONAL, dans la mesure de ses moyens fera le nécessaire sous trois jours. Mais, ces vêtements et ce linge, dans un temps relativement court, seront perdus car ils n’auront pas été lavés et entretenus.

Certaines améliorations sont envisagées :

1° l’installation de douches
2° l’installation de lavoirs
3° l’installation de réfectoires.

Il y a aussi nécessité de soustraire les enfants à ce milieu vicieux. Un problème angoissant se pose : celui de la dislocation de la vie familiale. Le sentiment maternel chez la Nomade est très développé et, cette mesure prise à leur égard va à l’encontre des sentiments qu’il est un devoir de développer dans tout individu. Ne pourrait-on solutionner le cas, en créant à proximité du Camp des Nomades, un quartier spécial pour les enfants et les adolescents.

Dans ce Camp, ou plus exactement dans ce nouveau centre de jeunesse, il y aurait :

- Ecole pour les enfants d’âge scolaire
- Jardins d’enfants pour ceux de : 3 à 6 ans
- Crèche pour ceux de : 0 à 3 ans
- Création d’un ouvroir que fréquenteraient les grandes fillettes
- Atelier de bricolage pour les jeunes gens.

Les enfants, selon leur âge et leur sexe, coucheraient dans un dortoir auxquels seraient annexés lavabos et douches.

Les parents seraient autorisés chaque jour, à une heure déterminée, à pénétrer dans le quartier des enfants, à la condition toutefois qu’ils aient préalablement consenti à passer à la douche.

A mon avis, j’estime que seul, un ordre religieux, aura assez d’abnégation et d’autorité pour entreprendre une tâche aussi lourde.

En résumé, il s’agit là de former la jeunesse élevée jusqu’alors dans la malpropreté physique et morale. Cette lourde tâche ne peut être confiée qu’à une élite.

NANTES, le 8 décembre 1941
L’ASSISTANTE SOCIALE PRINCIPALE
La situation qui est décrite ici est celle de l’hiver 1941-1942 alors que de nombreux aménagements ont été apportés au camp de la Forge depuis le printemps précédent, l’assistance sociale s’intéresse surtout aux enfants qui constituent plus de la moitié des internés. Ce qu’elle nous dit de leur vie montre l’échec de la politique de concentration qui est incapable d’apporter aux jeunes nomades des conditions de vie décentes et des moyens de s’insérer d’une façon à la fois plus efficace et volontaire dans la société. La solution qu’elle envisage, la prise en main des enfants par des spécialistes de l’éducation en milieu difficile ne semble guère meilleure, certains ordres religieux (de religieuses surtout) qui ont "assez d’abnégation et d’autorité" exercent toujours en prison à cette époque et les formations qu’elle envisage, "ouvriers et ateliers" rappellent trop les orphelinats du XIXe siècle, mais elle doute qu’il soit possible de séparer les mères et leurs enfants.
Il n’est pas sûr non plus qu’elle soit d’accord avec l’internement des nomades si l’on se réfère au troisième paragraphe. Cette attitude est aussi celle du successeur de L. Leclercq qui note dans plusieurs rapports leur sort malheureux.

Date de création : 12/04/2009 @ 11:03
Dernière modification : 14/04/2009 @ 10:32
Catégorie : Instructions & Rapports
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